jeudi 27 octobre 2016

Les mamans ne savent pas faire de feu

Y'a des jours où le sentiment d'échec est plus puissant, où la sensation de s'être trompée colle un doute sérieux sur nos convictions, où l'on se chuchotte qu'ils seraient finalement plus forts que nous, ces fucking moulins à vents.

Je le dis haut et fort, je le revendique, je suis une femme. Et malgré toute l'énergie et toute l'auto-persuasion que j'y mets, je ne suis parfois "qu'une" femme. Ce n'est pas faute d'y croire, ce n'est pas faute d'y mettre toute mon âme mais c'est comme une sorte de fatalité. Une fatalité qui te met des petites pichenettes tous les jours à coup de sifflements, de klaxons, de reflexions misogynes, d'inégalités en tout genre et qui t'assène le coup de grâce quand ta propre enfant te dit tout naturellement que "les mamans ça sait pas faire de feu".

Depuis qu'elle est née, je lui dis qu'elle est belle, qu'elle est forte, que le monde s'ouvre à elle et qu'elle peut tout faire. Elle a élevé autant de dinosaures que de petits poneys dans sa chambre d'enfant, elle a commandé autant de petites voitures que de fées multicolores au Père Noël... et pourtant...

Elle veut du rose, du rose partout, parce que le bleu c'est pour les garçons. Elle me voit toucher à tout  à la maison, et pourtant...

Elle accepte que je plie le linge, que je fasse la vaisselle, que je passe l’aspirateur, mais elle m’aperçoit accroupie au pied du poêle à bois et me donne du "les mamans ça sait pas faire de feu".

Je ne sais pas tout faire. J'ai des capacités et des lacunes. Je n'ai peut être pas l'air de savoir faire du feu, mais je n'ai pas l'air de ne pas savoir en faire non plus.

Je ne comprends pas pourquoi mes capacités intellectuelles et mon savoir faire devraient être limités par mon genre. Je ne parle pas de mes capacités physiques, je me rends bien compte que je n'aurai jamais une force herculéenne, mais je ne vois pas bien ce qui nécessite d'être aussi fort au quotidien...

Alors oui, je suis une quiche en mécanique, j'ai des bases mais c'est une science qui m'échappe totalement. Comme la science du macramé, la science du rubik's cube et la science de ces fichues fleurs qu'on m'a amené à détester, aka, les orchidées!

Et je m’aperçois que ce n'est pas parce que ça ne m’intéressait pas, non, c'est parce que je me suis cantonnée à ce qu'on voulait bien me montrer. La mécanique, on ne l'explique pas aux filles. On ne leur explique pas et on leur dit de faire attention, parce que les garagistes peu scrupuleux gonfleront le torse et leur devis. Du coup, la mécanique ce n'est pas un truc que je déteste, à l'instar des phalaenopsis, mais un truc qu'on ne m'a pas donné l'occasion de détester. Alors qu'il faut bien reconnaitre qu'il y a un tas de mecs aussi incompétents que moi dans ce domaine, qu'eux n'essuient aucune remarque, et qu'il se pourrait même qu'ils s'y connaissent mieux en plantes d'intérieur qu'en arbre à cames.

Photo Olivier Lavielle

Tout ça pour dire que j'ai beau porter des robes six jours et demi sur sept, ça ne m'empêche pas de savoir réchauffer ma maisonnée, de faire les niveaux et la pression des pneus de ma mamanmobile, de soulever des (petits) poids à la salle de gym, de travailler, de payer mes factures, de voter, de tout faire pour protéger ma petite famille. Non seulement ça ne l'empêche pas mais je suis vachement plus à l'aise en robe qu'en jean pour faire tout ça!

Le féminisme il est dans nos agissements et dans l'éducation de nos enfants. Je suis un peu redondante sur le sujet mais l'avenir de nos petites filles me tient tellement à coeur et les actualités nous délivrent de moins en moins d'espoir et toujours plus de peur... Ne soyons pas qu'un papa ou qu'une maman, soyons avant tout des parents. Ouvrons leur des plus jolis et des plus grands horizons, à l'école, dans la rue et dans nos maisons.


N.B. Le premier anti-mariage-pour-tous/anti-gender qui s'autoriserait l'outrecuidance de me laisser un commentaire haineux en mode public ou en message privé se verra remettre ma collection d'orchidées à l'agonie, le devis de mon garagiste façon origami et l'injonction de retirer le balai coincé depuis 1944 de son booty. #EnVousRemerquiant


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1 commentaire:

  1. Pas facile pour nos demoiselles de jouer les princesses des temps modernes.
    Malheureusement, je me dis qu'il y aura toujours des différences imposés par des gens arriérés, et que avec le temps qui passe.. eh bien ça ne s'arrangera pas malgré tout, car l'éducation laisse des traces, et même les cro-magnon transmettent leur héritage philosophique.
    Mais ne perdons pas espoir, et souhaitons que nos progénitures moderne, à l'avenir plus que flou et incertain, feront un peu mieux que notre génération, qui malgré toute notre énergie à "changer les choses" à la maison, ne s'évertue pas tant que cela à exprimer ses idées dans la rue.
    On a trop de factures à payer, pas le temps de revendiquer...
    Sinon, comme dit ma fille chaque w-e, les robes c'est plus jolies que les jean.
    Ca ne l'empche pas de faire avec papa, toutes ces taches que je déteste, (rentrer le bois, réparer la voiture... et tous ces trucs idiots qu'on nous a attribué à la naissance...)

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